L'essentiel
Sante publique France recommande le roomsharing (chambre partagee, lits separes) jusqu a 6 mois minimum. Le bedsharing (meme lit) multiplie le risque de mort inattendue du nourrisson des qu un facteur aggravant est present : alcool, tabac, matelas trop mou, couverture epaisse.
Mis à jour le 10 mai 2026
Le cododo regroupe deux pratiques bien distinctes : le bedsharing (bébé dans le lit parental) et le roomsharing (chambre partagée, lit séparé). Santé publique France et l’Académie américaine de pédiatrie recommandent le roomsharing jusqu’à 6 mois minimum. Le bedsharing reste un sujet nuancé : sécuritaire dans des conditions strictes, dangereux avec un seul facteur aggravant.
Cette pratique soulève des questions intenses chez les jeunes parents : risque de mort inattendue du nourrisson, lien avec l’allaitement, dépendance au sommeil parental, opinions contradictoires entre pédiatres anglo-saxons et français. Cet article fait le point sur ce que dit la science récente et propose un protocole de sécurité concret.
Cododo, bedsharing, roomsharing : définitions précises
Le mot « cododo » est utilisé en France pour désigner indifféremment trois pratiques très différentes en termes de risque. La distinction n’est pas un détail sémantique : les recommandations de sécurité dépendent entièrement de laquelle vous pratiquez.
- Bedsharing : bébé dort dans le même lit que les parents, sur le même matelas. Pratique la plus risquée si une seule condition de sécurité est absente.
- Roomsharing : bébé dort dans la même chambre que les parents, mais dans son propre lit (berceau, couffin, cododo attaché au lit). C’est la pratique recommandée par les autorités de santé.
- Cododo attaché (sidecar) : berceau spécial fixé au lit parental, bébé reste sur sa propre surface mais à portée de main. Forme intermédiaire considérée comme sûre quand bien installée.
Pour la suite de l’article, le terme « cododo » englobe par défaut le bedsharing, par usage courant en français. Les recommandations changent dès qu’on précise la modalité exacte.
Ce que recommandent INSERM et Santé publique France
Santé publique France recommande de coucher le bébé sur le dos, dans son propre lit, dans la chambre des parents, jusqu’à au moins 6 mois. Le ministère de la Santé déconseille explicitement le partage du lit en raison du sur-risque de mort inattendue du nourrisson (MIN), avec une formulation prudente qui reconnaît la réalité de la pratique.
L’Académie américaine de pédiatrie a actualisé ses recommandations en 2022 : roomsharing recommandé jusqu’à 1 an, idéalement 6 mois minimum. Le bedsharing reste déconseillé mais avec une nuance importante. L’AAP reconnaît que des parents le pratiquent et fournit donc des conseils de réduction du risque pour ces familles, plutôt qu’un interdit absolu.
L’INSV et la Société française de recherche et médecine du sommeil partagent cette ligne. Le roomsharing diminue le risque de MIN d’environ 50% selon les méta-analyses, principalement parce que les parents perçoivent plus tôt les anomalies respiratoires et que le bébé suit le rythme respiratoire ambiant.
Les 7 conditions hazardous : ce qui multiplie le risque
L’étude de Carpenter et al. publiée dans BMJ Open en 2013 a identifié les facteurs qui transforment un bedsharing à risque acceptable en pratique dangereuse. Le rapport de cotes (odds ratio) atteint 18.3 quand plusieurs facteurs s’accumulent.
- Endormissement sur canapé ou fauteuil. Risque multiplié par 50 selon plusieurs études. Le bébé peut se coincer dans les coussins ou tomber. À éviter absolument, même pour quelques minutes.
- Consommation d’alcool par un parent. Même 1 ou 2 verres altèrent la vigilance et la perception des mouvements du bébé.
- Tabagisme parental, y compris pendant la grossesse. Le tabagisme reste le facteur de risque modifiable le plus puissant identifié.
- Prise de médicaments sédatifs, cbd-passiflore/" class="cdf-autolink">somnifères, antidépresseurs sédatifs, anxiolytiques. Voir notre guide médicaments pour dormir.
- Bébé prématuré ou de petit poids de naissance (moins de 2,5 kg). Risque accru de plusieurs ordres de grandeur.
- Couverture, oreillers, peluches dans le lit. Risque d’étouffement par enfouissement.
- Cosleeping non planifié, parent épuisé qui s’endort accidentellement avec bébé. Le risque vient de l’absence de préparation et des facteurs aggravants concomitants.
Bedsharing planifié vs accidentel : une nuance cruciale
L’étude de Blair et al. publiée dans PLOS ONE en 2014 a fait évoluer la conversation scientifique. En isolant les bedsharings sans aucun facteur de risque (pas d’alcool, pas de tabac, allaitement, à terme, sur matelas ferme), le rapport de cotes s’approche de 1, c’est-à-dire un risque comparable au sommeil seul.
Cette nuance n’apparaît pas dans les recommandations grand public mais elle existe dans la littérature scientifique. Elle explique pourquoi des cultures pratiquent le bedsharing depuis des générations sans surmortalité visible, à condition que l’environnement soit contrôlé.
Le problème dans les pays occidentaux : le bedsharing accidentel domine. Un parent épuisé qui s’endort sur le canapé en allaitant, ou qui ramène bébé dans le lit après plusieurs réveils, ne contrôle pas l’environnement. C’est ce profil qui fait grimper les statistiques. Voir aussi notre guide sur les régressions de sommeil qui poussent souvent au cododo non planifié.
Cododo et allaitement : le lien documenté
Une revue systématique de Bartick et al. publiée en Pediatrics en 2022 (PMC9792691) a montré que chez les bébés allaités exclusivement et nés à terme, le bedsharing est associé à une réduction significative de la mort liée au sommeil. Le mécanisme proposé : la position d’allaitement nocturne place naturellement bébé en sécurité, et la mère reste plus vigilante par adaptation hormonale (prolactine).
Le bedsharing facilite l’allaitement à la demande la nuit, ce qui prolonge la durée de l’allaitement maternel selon plusieurs cohortes. C’est l’argument principal des partisans du cododo dans le monde anglo-saxon.
Attention : ce bénéfice ne s’applique pas aux bébés nourris au biberon, à ceux exposés au tabac, ou aux situations avec un seul facteur aggravant. La position d’allaitement nocturne (mère sur le côté, bébé face au sein) est aussi un élément protecteur clé.
L’avis des pédiatres FR vs anglo-saxons
Les positions diffèrent culturellement, ce qui explique en partie la confusion ressentie par les parents.
- France et Allemagne : prudence forte. Recommandation claire de ne pas partager le lit. Approche orientée prévention par défaut.
- Royaume-Uni et Pays-Bas : approche pragmatique. La Lullaby Trust britannique fournit des fiches pratiques pour bedsharing sécurisé, reconnaissant la réalité de la pratique.
- États-Unis : position AAP nuancée depuis 2022. Recommande contre, mais éduque pour les parents qui choisissent quand même.
- Asie, Afrique, Amérique latine : bedsharing culturellement majoritaire, statistiques MIN très différentes (et facteurs de confusion comme couchage au sol, allaitement quasi-universel).
Cette diversité d’approches reflète une réalité : il n’existe pas de réponse universelle « pour ou contre ». La question pertinente est plutôt : « dans mes conditions de vie réelles, quelle pratique réduit le plus mes risques ? »
Protocole sécurité si vous choisissez le cododo
Si vous décidez de pratiquer le bedsharing en connaissance de cause, voici les conditions à respecter pour rejoindre la zone de risque acceptable identifiée par les études.
- Matelas ferme. Pas de matelas mou, water-bed, canapé ou fauteuil. Voir notre guide matelas pour la fermeté adulte adaptée.
- Pas d’oreiller, pas de couette épaisse à proximité du bébé. Bébé dort sur le dos, dans une gigoteuse adaptée à sa taille.
- Aucun alcool, médicament sédatif ou drogue chez les parents. Y compris cannabis ou médicaments en vente libre type antihistaminiques sédatifs.
- Aucun fumeur. Ni pendant la grossesse, ni dans le foyer.
- Bébé né à terme et de poids normal. Pour les prématurés, le bedsharing reste fortement déconseillé jusqu’à au moins 6 mois.
- Pas de pets dans le lit. Chien, chat, animaux sont à exclure.
- Pas d’autres enfants dans le lit. Le risque vient autant des frères et sœurs que des objets.
- Position de la mère sur le côté, bras entourant bébé en « C » protecteur (position cuddle curl). Voir notre article positions de sommeil.
L’alternative la plus sûre reste le cododo attaché : un berceau sidecar fixé au lit parental, bébé sur sa propre surface mais à portée immédiate. Combine les avantages de la proximité avec la sécurité d’un couchage individuel.
Questions fréquentes
Jusqu’à quel âge faire cododo ?
Pour le roomsharing, jusqu’à 6 mois minimum selon Santé publique France, idéalement 1 an selon l’AAP. Pour le bedsharing, le risque de MIN diminue après 4 mois et devient faible après 6 mois. Beaucoup de familles continuent jusqu’à 2 ou 3 ans selon leurs préférences. Aucune étude ne montre de bénéfice ou de méfait psychologique long terme, à condition que la transition vers le couchage indépendant soit respectueuse.
Le cododo augmente-t-il vraiment le risque de MIN ?
Le bedsharing avec un facteur de risque (alcool, tabac, prématurité, canapé) multiplie le risque par 5 à 50. Sans aucun facteur de risque, chez un bébé allaité né à terme, le sur-risque est faible voire nul selon Blair et al. (2014). Le roomsharing diminue le risque d’environ 50% par rapport au couchage en chambre séparée, c’est pourquoi il est recommandé.
Le co-sleeper attaché au lit, c’est sûr ?
Oui, à condition que la fixation soit conforme et qu’il n’y ait pas d’espace entre le sidecar et le matelas parental. Choisissez un modèle certifié EN 1130, vérifiez régulièrement la solidité de l’attache. Bébé dort sur sa propre surface ferme, gigoteuse adaptée, pas d’oreiller ni de doudou volumineux. C’est la meilleure option pour combiner proximité et sécurité.
Mon bébé refuse de dormir seul, que faire ?
Le refus de couchage indépendant est très fréquent entre 4 et 18 mois. Plutôt que d’imposer brutalement, l’approche progressive donne de meilleurs résultats : commencer par le sidecar, puis berceau dans la chambre parentale, puis transition vers la chambre dédiée. La méthode 5-10-15 (chiffon de Ferber) reste controversée. Voir notre guide sans pleurs.
Le cododo crée-t-il une dépendance affective ?
Aucune étude longitudinale ne montre de dépendance affective pathologique liée au cododo, à condition que la transition vers le couchage indépendant se fasse sans rupture brutale. Au contraire, les théories de l’attachement soutiennent que la proximité nocturne renforce la sécurité affective. Le passage à l’autonomie se fait naturellement entre 2 et 4 ans dans la majorité des cas.
Sources : Carpenter R et al. BMJ Open 2013, « Bed sharing when parents do not smoke: is there a risk of SIDS? ». Blair PS et al. PLOS ONE 2014, « Bed-sharing in the absence of hazardous circumstances ». Bartick M et al. Pediatrics 2022 (PMC9792691), « Bedsharing reduces sleep-related deaths in breastfed infants ». Académie américaine de pédiatrie, mise à jour des recommandations 2022. Santé publique France, recommandations 2024 sommeil du nourrisson.




