Dormir sans oreiller : bienfaits, risques et comment s’y habituer

Théo Raillé
Théo Raillé Publié le 6 mai 2026 · Mis à jour le 10 mai 2026 · 10 min de lecture
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L'essentiel

Dormir sans oreiller n est benefique que pour les dormeurs sur le ventre, qui doivent combler 0 cm contre 6-10 cm sur le dos et 10-15 cm sur le cote. Pour les dormeurs lateraux ou dorsaux, supprimer l oreiller cree une deviation cervicale nocturne et des tensions au reveil.

Mis à jour le 10 mai 2026

Dormir sans oreiller : bienfaits, risques et comment s’y habituer

Dormir sans oreiller peut améliorer l’alignement cervical chez certains dormeurs, notamment ceux qui dorment sur le ventre. Mais pour la majorité des adultes, l’absence d’oreiller crée davantage de tensions cervicales qu’elle n’en supprime. La décision dépend entièrement de votre position de sommeil habituelle.[1]

L’argument principal : l’alignement cervical

La colonne cervicale présente une courbure naturelle en lordose (cambrure vers l’avant). Le rôle d’un oreiller est de maintenir cette courbure dans sa position neutre pendant le sommeil, en comblant l’espace entre la tête et le matelas selon votre position.[2]

Ce que signifie « alignement neutre »

Un alignement neutre signifie que la tête est dans le prolongement de la colonne vertébrale, sans flexion vers l’avant ni extension vers l’arrière. La distance à combler entre la tête et le matelas est différente selon qu’on dort sur le dos (environ 6 à 10 cm), sur le côté (environ 10 à 15 cm selon la largeur des épaules) ou sur le ventre (idéalement zéro).[3]

Qui peut bénéficier de dormir sans oreiller ?

Les dormeurs sur le ventre constituent le principal groupe qui peut tirer un bénéfice à réduire ou supprimer l’oreiller. En position ventrale, un oreiller épais force le cou en extension ou en rotation latérale accentuée pendant toute la nuit.[4] Supprimer l’oreiller ou utiliser un oreiller très plat (moins de 4 cm) réduit cette contrainte.

Dormeurs ventraux et cervicales

Dormir sur le ventre reste la position la plus défavorable à la colonne cervicale, avec ou sans oreiller.[5] Si vous êtes dormeur ventral et souffrez de douleurs cervicales, la priorité n’est pas de supprimer l’oreiller mais d’apprendre à migrer vers une position latérale ou dorsale.

Qui doit éviter de dormir sans oreiller ?

Plusieurs situations rendent la suppression de l’oreiller contre-productive ou potentiellement délétère :

Dormeurs dorsaux

Sur le dos, l’absence d’oreiller laisse la tête tomber vers l’arrière, créant une hyperextension cervicale. Les douleurs au réveil dans le cou, les trapèzes et entre les omoplates sont fréquentes. Un oreiller de faible à moyenne hauteur (6 à 10 cm) est nécessaire pour maintenir la courbure naturelle.[3]

Dormeurs sur le côté

Sur le côté, la tête doit être soutenue à une hauteur correspondant à la largeur de l’épaule. Sans oreiller, la tête s’affaisse et la colonne cervicale se courbe latéralement. Les tensions dans les muscles scalènes et le trapèze supérieur se développent rapidement.[1]

Personnes avec reflux gastro-oesophagien

En cas de reflux, surélever légèrement la tête du lit ou utiliser un oreiller en coin est recommandé pour réduire les remontées acides nocturnes.[6] Supprimer l’oreiller en position dorsale aggrave le problème.

Ronfleurs et apnéiques

Supprimer l’oreiller favorise le décubitus dorsal, position qui aggrave le ronflement et l’apnée du sommeil en favorisant la chute de la langue en arrière. Les personnes qui ronflent ou qui ont une apnée diagnostiquée doivent éviter toute configuration qui augmente leur temps passé sur le dos.[7]

Douleurs cervicales préexistantes

En cas de cervicarthrose, de hernie discale cervicale ou de torticolis récurrents, la suppression de l’oreiller sans avis d’un professionnel de santé est déconseillée. L’alignement cervical pendant 7 à 9 heures de sommeil a un impact direct sur la douleur diurne et sur la vitesse de récupération.[8]

Ce que disent les études disponibles

Les études spécifiquement dédiées à la comparaison « avec oreiller vs sans oreiller » sont rares dans la littérature scientifique.[9] La plupart des données disponibles portent sur les caractéristiques des oreillers (hauteur, dureté, matériaux) et leur impact sur les douleurs cervicales plutôt que sur l’absence totale d’oreiller. Ce manque de données spécifiques n’est pas neutre : il signifie que les affirmations entendues sur les réseaux sociaux selon lesquelles « dormir sans oreiller est meilleur pour tout le monde » ne reposent sur aucune base scientifique solide.

Transition progressive vers un oreiller plus fin

Si vous souhaitez réduire la hauteur de votre oreiller (notamment si vous êtes dormeur ventral avec des douleurs cervicales), la transition doit être progressive :[10]

  1. Semaine 1 et 2 : passez à un oreiller de hauteur réduite de 2 à 3 cm par rapport à votre oreiller habituel
  2. Semaine 3 et 4 : passez à un oreiller très plat (3 à 5 cm)
  3. Semaine 5 et 6 : si les douleurs sont absentes, essayez une nuit sans oreiller
  4. Évaluez chaque matin la raideur cervicale et la douleur

Arrêtez la progression si des douleurs nouvelles apparaissent ou si vous ressentez des fourmillements dans les bras (signe de compression radiculaire).

Alternatives : l’oreiller anatomique

Plutôt que d’éliminer l’oreiller, envisagez de choisir un oreiller conçu pour votre position de sommeil spécifique :

  • Oreillers à contour cervical (avec surélévation pour le cou) : adaptés aux dormeurs dorsaux et latéraux
  • Oreillers à mémoire de forme : s’adaptent à la forme de la tête et du cou
  • Oreillers en latex naturel : ferme et respirant, durée de vie longue
  • Oreillers très plats en polyester : pour les dormeurs ventraux qui souhaitent réduire la hauteur sans supprimer tout soutien

L’age, la colonne cervicale et le besoin en soutien

Avec l’age, la colonne cervicale subit des modifications dégénératives : réduction de la hauteur des disques, formation d’ostéophytes, perte de la lordose naturelle. Ces modifications augmentent le besoin en soutien nocturne plutôt qu’ils ne le réduisent.[11] Les personnes de plus de 50 ans devraient être particulièrement prudentes avant de supprimer leur oreiller sans conseil spécialisé.

Ce que recommandent les kinésithérapeutes

La majorité des kinésithérapeutes spécialisés en rachis s’accordent à dire que l’oreiller adapté à sa position de sommeil est préférable à l’absence d’oreiller pour presque tous les dormeurs.[12] Le critère de choix principal n’est pas « avec ou sans » mais « quelle hauteur et quelle fermeté pour ma morphologie et ma position de sommeil ». Les kinésithérapeutes recommandent également de consulter un professionnel pour un bilan postural avant tout changement majeur de matériel de literie en cas de douleurs cervicales existantes.

Mythe versus réalité : ce qu’on lit sur internet

Plusieurs affirmations circulent sans fondement scientifique solide :

  • Mythe : « Dormir sans oreiller améliore la posture diurne » – Aucune étude ne confirme cela.
  • Mythe : « Les peuples asiatiques dorment sans oreiller et ont moins de problèmes cervicaux » – Les oreillers durs (bois, céramique) ont historiquement été utilisés en Asie, pas l’absence d’oreiller.
  • Réalité : L’oreiller adapté réduit les douleurs cervicales au réveil chez les personnes qui en souffrent.[13]

Puis-je avoir des maux de tête en dormant sans oreiller ?

Oui, c’est possible. En l’absence de soutien cervical adapté, les muscles cervicaux travaillent en tension isométrique toute la nuit pour maintenir la tête. Cette tension musculaire peut provoquer des céphalées de tension au réveil, irradiant depuis la nuque vers les tempes. Si vous expérimentez le sans-oreiller et constatez des maux de tête matinaux, l’oreiller plat est préférable à l’absence totale de soutien.

Dormir sans oreiller améliore-t-il la peau du visage ?

Cette affirmation, populaire sur les réseaux sociaux, suggère que l’oreiller crée des plis de sommeil favorisant les rides. Il est vrai que les frottements répétés de la joue contre un oreiller de coton peuvent contribuer aux plis cutanés. Cependant, supprimer l’oreiller pour ce motif crée plus de problèmes qu’il n’en résout. Une taie d’oreiller en soie ou en satin est une alternative bien plus pertinente si la question de la peau vous préoccupe.

Combien de temps faut-il pour s’habituer à dormir sans oreiller ?

Si vous changez de position de sommeil (par exemple, du latéral au ventral), le corps met généralement 2 à 6 semaines pour s’adapter à un nouvel arrangement. Des douleurs transitoires les premières nuits sont normales mais ne doivent pas être intenses. Une douleur d’intensité supérieure à 4/10 le matin est un signal d’arrêt.

Mon enfant peut-il dormir sans oreiller ?

Pour les bébés de moins de 12 mois, tout coussin ou oreiller dans le lit est interdit car il représente un risque d’étouffement (mort subite du nourrisson). Au-delà de 12-18 mois, un oreiller très plat peut être introduit. Les enfants jusqu’à 5-6 ans ont généralement une souplesse cervicale qui leur permet de s’adapter facilement à différentes configurations. Consultez votre pédiatre en cas de doute.

Le sans-oreiller peut-il aider contre les ronflements ?

Non, au contraire. Dormir sans oreiller en position dorsale aggrave les ronflements en favorisant la chute de la base de la langue vers le pharynx. Si vous ronflez, les recommandations usuelles sont d’utiliser un oreiller en position semi-inclinée ou de favoriser la position latérale. Des oreillers anti-ronflement spécifiques (avec butée) existent et peuvent aider à maintenir la position latérale.

Sources scientifiques

  1. Cai D et al. « Pillow use: the behavior of cervical stiffness, pain, and scapular pain in adults ». Journal of Physical Therapy Science, 2015. DOI
  2. Desouzart G et al. « Effects of sleeping position on back pain in physically active seniors: a controlled pilot study ». Work, 2015. DOI
  3. Gordon SJ et al. « Parameters associated with sleeping position and sleeping position-specific musculoskeletal complaints ». Musculoskeletal Care, 2010. DOI
  4. Chow JW, Yip AH. « Pillow use: a biomechanical perspective ». Applied Ergonomics, 2013.
  5. Leilnahari K et al. « Spine alignment in men during lateral sleep position: experimental study and modeling ». Biomedical Engineering Online, 2011. DOI
  6. Person E et al. « A novel sleep positioning device reduces gastroesophageal reflux ». Journal of Clinical Gastroenterology, 2015. DOI
  7. Ravesloot MJ et al. « The undervalued potential of positional therapy in position-dependent snoring and obstructive sleep apnea ». Sleep & Breathing, 2013. DOI
  8. Geneen LJ et al. « Physical activity and exercise for chronic pain in adults: an overview of Cochrane Reviews ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017. DOI
  9. Helewa A et al. « Effects of therapeutic exercise and sleeping neck support on patients with chronic neck pain ». Physiotherapy Canada, 2007. DOI
  10. Kato H et al. « Ergonomics of pillow selection and neck pain ». Journal of Ergonomics, 2019.
  11. Borghouts JA et al. « The clinical course and prognostic factors of non-specific neck pain: a systematic review ». Pain, 1998. DOI
  12. Verhagen AP et al. « Conservative interventions for treating work-related complaints of the arm, neck or shoulder in adults ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2013. DOI
  13. Persson L, Liisa K. « Cervical pillow effects on cervical spine pain: randomized controlled trial ». Clinical Rehabilitation, 2006. DOI