L'essentiel
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) touche 8% des Français et perturbe gravement le sommeil. Découvrez les symptômes, les causes, les critères diagnostiques et tous les traitements disponibles, du fer aux agonistes dopaminergiques.
Mis à jour le 12 mai 2026
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR), aussi appelé maladie de Willis-Ekbom ou impatiences, est un trouble neurologique chronique caractérisé par un besoin irrésistible de bouger les jambes, accompagné de sensations désagréables (fourmillements, picotements, brûlures). Ces symptômes apparaissent au repos, surtout le soir, et perturbent gravement le sommeil de 7 à 11% des adultes.
Qu’est-ce que le syndrome des jambes sans repos ?
Le syndrome des jambes sans repos, ou SJSR, est une affection neurologique chronique reconnue depuis le XVIIe siècle par le médecin anglais Thomas Willis, puis décrite plus précisément par le neurologue suédois Karl-Axel Ekbom dans les années 1940[1]. Cette maladie porte aujourd’hui le nom de « maladie de Willis-Ekbom » en hommage à ces deux pionniers.
Concrètement, le SJSR se manifeste par un besoin impérieux et incontrôlable de bouger les jambes. Ce besoin s’accompagne presque toujours de sensations désagréables, parfois difficiles à décrire : fourmillements, picotements, tiraillements, brûlures, voire véritables douleurs sourdes ou décharges électriques.
La particularité de ce trouble réside dans son rythme : les symptômes surviennent exclusivement au repos, principalement en fin de journée et durant la nuit. Le mouvement les soulage temporairement, ce qui pousse les personnes atteintes à se lever, marcher, étirer leurs jambes, parfois plusieurs fois par nuit. Vous comprenez pourquoi le SJSR figure parmi les causes les plus fréquentes d’insomnie chronique en France[2]. Pour aller plus loin : faites notre test ISI de sévérité d’insomnie.
Les symptômes : reconnaître les signes du SJSR
Sensations caractéristiques
- Fourmillements profonds dans les mollets ou les cuisses
- Picotements semblables à des « petites aiguilles »
- Sensation de « courant électrique » qui circule dans la jambe
- Démangeaisons internes impossibles à gratter
- Sensation de chaleur ou de brûlure
- Tiraillements, comme si les muscles voulaient s’étirer
- Dans les formes sévères : douleurs réelles, parfois lancinantes
Le rythme circadien typique
Les symptômes apparaissent ou s’aggravent : en fin de journée et durant la soirée, lors des situations d’immobilité prolongée (cinéma, voiture, avion), au coucher (retard d’endormissement), et pendant la nuit (micro-réveils).
Les conséquences sur le quotidien
L’insomnie chronique qui résulte du SJSR entraîne une cascade de conséquences délétères[3] : fatigue diurne massive, baisse des performances au travail, troubles de la concentration et de la mémoire. À long terme, les formes sévères augmentent significativement le risque de troubles anxieux et de dépression.
Combien de personnes sont touchées en France ?
Les études épidémiologiques européennes estiment la prévalence entre 7 et 11% de la population adulte occidentale[4]. En France, environ 8 à 8,5% des adultes sont concernés. Les formes cliniquement significatives (symptômes fréquents et gênants) concernent 2 à 3% des adultes, et les symptômes quotidiens environ 1,9%.
Le SJSR touche davantage les femmes que les hommes (ratio 2/1). La prévalence augmente nettement avec l’âge, mais le syndrome existe aussi chez l’enfant et l’adolescent, souvent confondu avec des « douleurs de croissance » ou un TDAH[5].
Les causes du SJSR : pourquoi vos jambes s’agitent-elles ?
Le rôle du fer cérébral
Le fer joue un rôle clé dans la production de dopamine. Chez les patients SJSR, on observe fréquemment une baisse du fer dans certaines régions du cerveau (substance noire, putamen), même quand le bilan sanguin paraît normal[6]. Cette carence cérébrale en fer perturbe la transmission dopaminergique et déclencherait les symptômes.
Les formes héréditaires
Les formes familiales représentent 40 à 60% des cas. Plusieurs gènes de prédisposition ont été identifiés : MEIS1 (développement neuronal), BTBD9 (métabolisme du fer), MAP2K5 et SKOR1. Si l’un de vos parents est atteint, votre risque est multiplié par 3 à 7.
Les formes secondaires
Le SJSR peut être déclenché ou aggravé par : carence en fer (cause secondaire la plus fréquente), insuffisance rénale chronique, diabète, troubles thyroïdiens, polyarthrite rhumatoïde, maladie de Parkinson, carences vitaminiques (B9, B12, D), ou grossesse (jusqu’à 25% des femmes enceintes au 3e trimestre).
Les médicaments aggravants
Certains traitements peuvent déclencher ou aggraver un SJSR : antidépresseurs ISRS, neuroleptiques, antihistaminiques de première génération, antiémétiques (métoclopramide), certains bêtabloquants. Parlez-en à votre médecin si les symptômes sont apparus après un changement de traitement.
Comment se fait le diagnostic du SJSR ?
Le diagnostic repose entièrement sur l’interrogatoire clinique. Il n’existe aucun examen biologique ou d’imagerie permettant à lui seul d’affirmer la maladie[7].
Les 5 critères diagnostiques officiels (IRLSSG)
| Critère | Description |
|---|---|
| 1. Besoin de bouger | Besoin impérieux de bouger les jambes, accompagné de sensations désagréables |
| 2. Déclenchement par le repos | Symptômes débutant ou s’aggravant durant les périodes d’inactivité |
| 3. Soulagement par le mouvement | Symptômes partiellement ou totalement soulagés par la marche ou les étirements |
| 4. Aggravation vespérale | Symptômes plus marqués le soir et la nuit |
| 5. Absence d’autre cause | Symptômes non expliqués par une autre pathologie (crampes, neuropathie, etc.) |
Les examens complémentaires
Le bilan sanguin (ferritine, NFS, TSH, vitamines B9/B12/D) recherche une cause secondaire. La polysomnographie permet de détecter les mouvements périodiques des jambes (présents chez 80% des patients). Le médecin évalue la sévérité via l’échelle IRLS pour adapter le traitement.
Les traitements médicamenteux du SJSR
Étape 1 : corriger les carences en fer
La première priorité est un bilan martial complet : ferritine sérique, fer, TIBC et saturation de la transferrine. Les recommandations AASM 2024 fixent deux seuils :
- Ferritine ≤ 75 ng/mL ou saturation < 20 % : supplémentation en fer oral (sulfate ferreux ou gluconate), de préférence un jour sur deux pour limiter les effets gastro-intestinaux.
- Ferritine entre 75 et 100 ng/mL avec SJSR modéré à sévère : fer intraveineux (carboxymaltose ferrique 750 mg, 1 à 2 injections), dont l’efficacité sur les scores IRLS est démontrée vs placebo.
Corriger la carence en fer peut suffire à faire disparaître les symptômes dans les formes secondaires, et potentialise l’effet des autres traitements.
Étape 2 : les ligands alpha-2-delta (1re ligne médicamenteuse)
Depuis les recommandations AASM 2024, les ligands alpha-2-delta sont privilégiés en première intention médicamenteuse. Gabapentine, gabapentine encarbil et prégabaline (Lyrica®) n’entraînent pas de phénomène d’augmentation, contrairement aux agonistes dopaminergiques. Ils sont particulièrement adaptés aux formes douloureuses. Effets secondaires : somnolence, vertiges, prise de poids.
Étape 3 : les agonistes dopaminergiques (2e ligne)
Trois molécules disposent d’une AMM en France pour le SJSR[8] : pramipexole (Sifrol®), ropinirole (Adartrel®) et rotigotine (Neupro® patch transdermique). Les recommandations actuelles les déconseillent en première intention en raison du risque d’augmentation paradoxale.
| Molécule | Dose initiale | Dose efficace typique | Dose max étudiée |
|---|---|---|---|
| Pramipexole | 0,125 mg/soir | 0,25 à 0,50 mg/soir | 0,75 mg/j |
| Ropinirole | 0,25 mg/soir | 1 à 2 mg/soir | 4 mg/j |
Le phénomène d’augmentation paradoxale (aggravation et apparition plus précoce des symptômes) survient chez 30 à 40 % des patients après 1 an, davantage aux doses élevées. En cas d’aggravation sous traitement, ne pas augmenter la dose : cela peut indiquer une augmentation plutôt qu’une dose insuffisante. Les troubles du contrôle des impulsions (jeu pathologique, achats compulsifs) sont un effet indésirable rare mais grave à surveiller systématiquement.
Étape 4 : les opioïdes faibles
Tramadol ou oxycodone à faible dose peuvent être proposés en troisième intention dans les formes très sévères et résistantes, en milieu spécialisé uniquement, en raison du risque de dépendance.
Mode de vie et mesures naturelles
Adapter votre alimentation
Limitez en fin de journée : caféine (café, thé, boissons énergisantes), alcool, chocolat, tabac, sucres rapides. Privilégiez les aliments riches en fer (viande rouge, lentilles, épinards, boudin noir), en magnésium (oléagineux, légumes verts) et en folates.
Bouger régulièrement
L’activité physique modérée et régulière améliore significativement les symptômes du SJSR[9]. Trente minutes de marche par jour suffisent. Évitez les exercices intenses dans les 3 heures précédant le coucher.
Que faire pendant une crise ?
- Marcher quelques minutes
- Étirer les mollets et cuisses
- Auto-masser les jambes du bas vers le haut
- Prendre une douche tiède ou un bain
- Appliquer une bouillotte chaude ou un linge frais selon la réponse individuelle
- Pratiquer des exercices de respiration ou de sophrologie
Hygiène de sommeil rigoureuse
Heures régulières, chambre à 18-19°C sombre et silencieuse, pas d’écrans 1h avant le coucher, repas léger le soir, rituel apaisant (lecture, méditation). Évitez les siestes longues en journée.
SJSR et grossesse
Jusqu’à 25% des femmes enceintes développent un SJSR au troisième trimestre. Le traitement repose sur la correction des carences (fer, folates) et les mesures non médicamenteuses. Les agonistes dopaminergiques sont contre-indiqués pendant la grossesse et l’allaitement. Dans la grande majorité des cas, les symptômes disparaissent après l’accouchement.
Quand consulter un médecin ?
Consultez votre médecin traitant si les symptômes perturbent le sommeil, la concentration ou la vie sociale plusieurs fois par semaine[2]. Il pourra prescrire un bilan biologique, initier une prise en charge et vous orienter si besoin vers un neurologue ou un centre du sommeil. L’association France Ekbom offre un soutien précieux aux patients et un annuaire de médecins formés[10].
Questions fréquentes
Le syndrome des jambes sans repos est-il grave ?
Le SJSR n’est pas une maladie mortelle ni dégénérative. Mais dans ses formes sévères, il peut considérablement altérer la qualité de vie : insomnie-chronique-causes-profondes-et-solutions-durables/" class="cdf-autolink">insomnie chronique invalidante, anxiété, dépression. Une prise en charge adaptée permet d’éviter ces complications.
Peut-on guérir du SJSR ?
Les SJSR secondaires (carence en fer, médicaments, grossesse) peuvent disparaître après correction de la cause. Les formes primaires (souvent familiales) sont chroniques : on ne guérit pas, mais on contrôle très bien les symptômes avec un traitement adapté et une bonne hygiène de vie.
Le SJSR concerne-t-il aussi les enfants ?
Oui, le SJSR existe chez l’enfant (2 à 4% des moins de 18 ans). Il est souvent confondu avec des « douleurs de croissance » ou un TDAH. Si votre enfant se plaint régulièrement de jambes agitées le soir, parlez-en au pédiatre.
Quelle alimentation faut-il éviter ?
Limitez surtout en fin de journée : café, thé, boissons énergisantes, alcool, chocolat, tabac. Privilégiez une alimentation riche en fer, magnésium et vitamines B9/B12.
SJSR et grossesse : que faire ?
Parlez-en à votre sage-femme ou obstétricien. Le traitement repose sur la correction des carences et les mesures non médicamenteuses. Les médicaments dopaminergiques sont contre-indiqués. Les symptômes disparaissent généralement après l’accouchement.
Le SJSR peut-il provoquer des douleurs ?
Oui, dans environ 30% des cas. Les ligands alpha-2-delta (gabapentine, prégabaline) sont alors souvent plus efficaces que les agonistes dopaminergiques.
Le SJSR est-il héréditaire ?
Dans 40 à 60% des cas, oui. Plusieurs gènes de prédisposition ont été identifiés (MEIS1, BTBD9). Si l’un de vos parents est atteint, votre risque est multiplié par 3 à 7, sans que cela soit une certitude.
Sources et références
- Wikipedia FR « Syndrome des jambes sans repos ». article Wikipedia : SJSR
- Vidal « Syndrome des jambes sans repos, Dossier complet ». fiche Vidal : syndrome des jambes sans repos
- Fondation Sommeil « Syndrome des jambes sans repos (SJSR) ». Fondation du Sommeil
- Le Quotidien du Médecin « Le SJSR : prévalence et aspects cliniques ». article Le Quotidien du Médecin
- La Revue du Praticien « Syndrome des jambes sans repos, Synthèse ». La Revue du Praticien
- La Revue du Praticien « Mécanismes physiopathologiques du SJSR : fer cérébral et dopamine ». La Revue du Praticien
- Vidal « Diagnostic du SJSR, Critères IRLSSG ». fiche Vidal : syndrome des jambes sans repos
- Vidal « Traitements du syndrome des jambes sans repos ». traitements SJSR (Vidal)
- France-Ekbom « Comment soulager les jambes sans repos ». conseils France Ekbom
- Association France Ekbom « Soutien aux patients atteints de SJSR ». Association France Ekbom
À lire aussi : musique pour dormir.




