[Étude 2026] Inégalités sociales et horaires de sommeil : ce que montre l’étude Insee sur les couples

Rédaction comment-dormir.fr
Rédaction comment-dormir.fr Publié le 19 août 2026 · Mis à jour le 1 septembre 2026 · 5 min de lecture
Sources vérifiées

L'essentiel

En bref : Cet article a été recadré. Aucune source institutionnelle ne documente en France de lien entre télétravail et sommeil : la Dares elle-même, dans son étude sur les effets du télétravail, ne mentionne pas une seule fois le sommeil. La seule donnée solide disponible porte sur un sujet différent, proche mais distinct ...

Mis à jour le 1 septembre 2026

En bref : Cet article a été recadré. Aucune source institutionnelle ne documente en France de lien entre télétravail et sommeil : la Dares elle-même, dans son étude sur les effets du télétravail, ne mentionne pas une seule fois le sommeil. La seule donnée solide disponible porte sur un sujet différent, proche mais distinct : la façon dont la catégorie socioprofessionnelle influence les horaires de sommeil au sein des couples, d’après les enquêtes Emploi du temps de l’Insee.

💤 Ce que montre l’étude de référence

Capucine Rauch (Ined, Observatoire sociologique du changement, Sciences Po / CNRS) a publié en 2021, dans la revue Économie et Statistique / Economics and Statistics (n° 522-523, p. 81-104, DOI 10.24187/ecostat.2021.522d.2040), une étude sur la désynchronisation du sommeil au sein des couples hétérosexuels cohabitants. Elle s’appuie sur trois vagues de l’enquête Emploi du temps de l’Insee, en 1985-1986, 1998-1999 et 2009-2010. L’échantillon regroupe 19 076 journées-couple (5 644 en 1985, 4 570 en 1998, 8 862 en 2009), en France métropolitaine, chaque conjoint ayant rempli un carnet le même jour.

Sur l’ensemble de l’échantillon, le taux de synchronie du sommeil, c’est-à-dire la part des couples où les deux conjoints dorment au même moment, s’établit à 78,1 %. Entre 1h00 et 6h00 du matin, « neuf individus sur dix dorment », selon l’enquête Emploi du temps de 2009. Dans les nuits synchrones, la moitié des personnes sont couchées à 22h40 ; le lever médian se situe à 6h50 pour les nuits synchrones les plus courtes.

📊 Les écarts selon la catégorie socioprofessionnelle

Le taux de synchronie varie nettement selon la profession des deux conjoints, quand ils appartiennent à la même catégorie (couples dits homogames) : 81,9 % chez les couples de deux cadres, 80,0 % chez les couples de deux professions intermédiaires, 74,6 % chez les couples de deux employés, 72,9 % chez les couples de deux ouvriers, et 79,2 % chez les couples de deux retraités.

Quand la désynchronisation existe malgré tout dans ces couples homogames, sa durée moyenne diffère aussi fortement selon la catégorie : 1h45 chez les cadres, 2h45 chez les employés, 3h00 chez les ouvriers. Les femmes ouvrières homogames dorment en moyenne 20 minutes de plus que les femmes cadres homogames, et les hommes ouvriers homogames une demi-heure de plus que les hommes cadres homogames.

🏠 Pourquoi cet article ne parle pas de télétravail

Le sujet initialement annoncé par cet article portait sur l’impact du télétravail sur l’heure de coucher et la durée de sommeil des Français. Aucune source institutionnelle chiffrée reliant en France le télétravail à l’heure de coucher ou à la durée de sommeil n’a été retrouvée. La page de la Dares consacrée aux effets du télétravail sur la vie professionnelle et personnelle a été vérifiée directement : elle ne contient aucune occurrence du mot « sommeil » ni « coucher ». L’étude de Rauch, de son côté, ne mentionne à aucun moment le télétravail et s’arrête avant sa généralisation en France.

Cet article n’établit donc aucun lien, même prudent, entre télétravail et sommeil. Il présente ce qui est réellement documenté : les écarts sociaux d’horaires de sommeil au sein des couples français, tels que les mesurent les enquêtes Emploi du temps de l’Insee.

🧪 Les limites de l’étude

Trois limites doivent être posées avant toute lecture des chiffres ci-dessus. D’abord, le « sommeil » mesuré par l’enquête Emploi du temps est le temps que chaque répondant déclare allouer au sommeil ou à une activité assimilée dans son carnet, pas une mesure objective du sommeil effectif comme une polysomnographie ou une actigraphie ; l’autrice le précise elle-même dans l’article. Ensuite, la dernière vague exploitée date de 2009-2010 : il n’existe pas de données Insee plus récentes sur ce sujet précis, et la synchronie du sommeil a pu évoluer depuis, notamment avec la diffusion du télétravail. Enfin, l’unité d’analyse est le couple hétérosexuel cohabitant ayant rempli le carnet le même jour, pas l’individu isolé ni la population générale : les résultats ne se généralisent ni aux personnes vivant seules, ni aux couples de même sexe, ni aux couples ne cohabitant pas.

✅ Ce qu’on peut honnêtement dire

Ce que montrent les données Insee exploitées par Rauch : au sein des couples hétérosexuels cohabitants, la probabilité de dormir en même temps que son conjoint, et la durée de désynchronisation quand elle existe, varient selon la catégorie socioprofessionnelle des deux conjoints. Les couples de cadres sont les plus synchrones, les couples d’ouvriers les moins synchrones, et l’écart de sommeil entre catégories se creuse aussi à l’intérieur du couple, une femme ouvrière dormant en moyenne plus qu’une femme cadre.

Ce qu’on ne peut pas dire à partir de cette source : qu’un lien existe entre télétravail et sommeil, qu’un conjoint synchrone dort mieux ou davantage qu’un conjoint désynchronisé puisque l’étude ne mesure pas la qualité du sommeil, ou que ces écarts observés entre 1985 et 2010 se sont maintenus à l’identique depuis.

📖 Pour aller plus loin, consultez notre page d’outils sur le sommeil et notre guide complet du sommeil.

Quand consulter un professionnel de santé ?

Les conseils d'hygiène du sommeil apportent un soutien quotidien mais ne remplacent pas un diagnostic médical. Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant si :

  • Vos difficultés durent plus de 3 mois à raison d'au moins 3 nuits par semaine (critère d'insomnie chronique).
  • Vous ressentez une somnolence diurne incontrôlable ou des risques d'endormissement au volant.
  • Votre entourage constate des ronflements bruyants avec arrêts respiratoires (suspicion d'apnée obstructive).
  • Vous ressentez des impatiences, des douleurs ou des brûlures dans les jambes au repos.

Termes techniques de cet article

Polysomnographie
Examen de référence pour explorer les troubles du sommeil. Enregistre l'EEG, les mouvements oculaires, le tonus musculaire, la respiration et la saturation en oxygène pendant une nuit en laboratoire. Permet de diagnostiquer l'apnée du sommeil, la narcolepsie, le somnambulisme, etc.
Insomnie chronique
Trouble du sommeil persistant qui touche 13,1 % des 18-75 ans en France (Baromètre santé 2017, Santé publique France, BEH n°8-9/2019). Sa prise en charge se révèle particulièrement complexe quand une dépression est présente, les deux troubles s'influençant mutuellement. Agir sur la routine du soir constitue souvent le premier réflexe, et un avis médical reste nécessaire pour un accompagnement adapté.
Insomnie
Difficulté persistante à s'endormir ou à maintenir le sommeil, avec retentissement diurne. On parle d'insomnie chronique quand les symptômes surviennent au moins 3 nuits par semaine depuis plus de 3 mois. Traitement de référence : la TCC-I (thérapie cognitivo-comportementale).Insomnie chronique : causes et solutions

Définitions issues du glossaire du sommeil.