Somnifères et insomnie par région : le grand décalage 2024

Théo Raillé
Théo Raillé Publié le 27 octobre 2026 · 8 min de lecture
Sources vérifiées

L'essentiel

Les régions où l'on déclare le plus d'insomnie ne sont pas celles où l'on délivre le plus de somnifères. En 2024, la plainte d'insomnie ne varie que de 30,9 % à 36,3 % entre les régions de métropole, alors que la part de la population traitée par hypnotiques va de 10,81 ‰ en Auvergne-Rhône-Alpes à...

Mis à jour le 27 octobre 2026

Les régions où l’on déclare le plus d’insomnie ne sont pas celles où l’on délivre le plus de somnifères. En 2024, la plainte d’insomnie ne varie que de 30,9 % à 36,3 % entre les régions de métropole, alors que la part de la population traitée par hypnotiques va de 10,81 ‰ en Auvergne-Rhône-Alpes à 24,83 ‰ dans les Hauts-de-France.

Deux administrations publiques ont mesuré cette année-là deux choses différentes : ce que les gens ressentent (Santé publique France) et ce que les pharmacies délivrent (Assurance Maladie). À notre connaissance, aucune publication ne les met côte à côte, région par région. Voici le tableau, puis ce qu’il autorise à dire et ce qu’il laisse ouvert.

Que mesurent exactement ces deux jeux de données ?

Le premier est le Baromètre de Santé publique France, édition 2024, publié en décembre 2025. Il repose sur 34 940 personnes de 18 à 79 ans interrogées dans toute la France, et déclinées par région. L’indicateur retenu ici est la plainte d’insomnie : une déclaration, pas un diagnostic.

Le second est la fiche « Traitements hypnotiques (hors pathologies) » de la Cartographie des pathologies et des dépenses de l’Assurance Maladie, millésime 2024, mise à jour le 17 juin 2026. Elle compte les personnes ayant reçu un hypnotique remboursé, et rapporte ce nombre à la population. Nous utilisons le taux standardisé, c’est-à-dire corrigé des différences d’âge et de sexe entre régions, exprimé pour 1 000 habitants.

Les deux sources découpent la France de la même façon à une exception près : Mayotte figure dans la Cartographie, pas dans le Baromètre. Elle sort donc du tableau croisé.

Quelles régions comptent le plus de personnes sous hypnotiques ?

Les Hauts-de-France arrivent en tête avec 24,83 ‰, devant Provence-Alpes-Côte d’Azur (19,31 ‰), la Corse (19,29 ‰), la Bretagne (19,16 ‰) et le Grand Est (19,05 ‰). À l’autre bout de la métropole, on trouve Auvergne-Rhône-Alpes (10,81 ‰), l’Île-de-France (12,07 ‰), les Pays de la Loire (12,78 ‰), le Centre-Val de Loire (13,45 ‰) et la Bourgogne-Franche-Comté (13,93 ‰).

L’écart entre le haut et le bas du classement métropolitain est de 2,3 fois.

Hypnotiques (Assurance Maladie) et plainte d’insomnie (Santé publique France), régions, 2024. (s) écart significatif avec les autres régions selon Santé publique France
RégionPersonnes avec hypnotiques, taux standardisé 2024Effectif 2024 (arrondi à la centaine)Rang taux (1 = plus élevé)Plainte d’insomnie 2024Rang plainte (1 = plus élevée)
Hauts-de-France24,83 ‰138 400134,3 %7
Provence-Alpes-Côte d’Azur19,31 ‰112 200232,8 %12
Corse19,29 ‰7 000336,3 %4
Bretagne19,16 ‰72 600432,2 %15
Grand Est19,05 ‰104 700533,5 %9
Normandie17,91 ‰62 700633,9 %8
Occitanie16,47 ‰109 800732,7 %13
Nouvelle-Aquitaine15,48 ‰108 900833,0 %10.5
Bourgogne-Franche-Comté13,93 ‰42 200930,9 %17
Centre-Val de Loire13,45 ‰37 2001035,6 %6
Pays de la Loire12,78 ‰51 8001131,0 %16
Île-de-France12,07 ‰126 6001233,0 %10.5
Auvergne-Rhône-Alpes10,81 ‰88 3001332,5 %14
La Réunion9,35 ‰6 8001439,4 % (s)1
Guyane6,94 ‰8001538,3 % (s)3
Guadeloupe4,28 ‰1 8001638,5 % (s)2
Martinique2,91 ‰1 2001736,2 %5

Où la plainte d’insomnie est-elle la plus forte ?

Dans les outre-mer. La Réunion (39,4 %), la Guadeloupe (38,5 %) et la Guyane (38,3 %) dépassent la moyenne nationale de 33,1 % de façon statistiquement significative selon Santé publique France. La Martinique (36,2 %) va dans le même sens sans franchir le seuil de significativité. En métropole, la Corse (36,3 %) et le Centre-Val de Loire (35,6 %) ont les valeurs les plus élevées, la Bourgogne-Franche-Comté (30,9 %) et les Pays de la Loire (31,0 %) les plus basses.

En métropole, tout tient dans un couloir de 5,4 points. Aucune région métropolitaine ne s’écarte significativement de la moyenne des autres.

Plainte forte, somnifères rares : que se passe-t-il outre-mer ?

C’est le contraste le plus net du tableau. Les quatre outre-mer présents dans les deux sources affichent une plainte d’insomnie entre 36,2 % et 39,4 %, et un taux de personnes sous hypnotiques entre 2,91 ‰ et 9,35 ‰, sous le plus bas des taux métropolitains (10,81 ‰). La Martinique cumule la plainte la plus modérée des quatre et le taux le plus faible de tout le tableau.

Mayotte, absente du Baromètre, affiche 1,65 ‰ dans la Cartographie, pour un effectif arrondi à 100 personnes.

Le fichier ne dit pas pourquoi. Plusieurs pistes sont plausibles sans être testables ici : un accès aux soins et à la prescription différent, des habitudes de recours à d’autres produits, une structure par âge que la standardisation corrige en partie. Aucune de ces explications ne se lit dans ces chiffres.

Y a-t-il un lien entre plainte d’insomnie et somnifères délivrés ?

Pas de lien net. Sur les 17 régions communes aux deux sources, la corrélation de rang (coefficient de Spearman) vaut -0,33 : les régions à forte plainte tendent à avoir peu d’hypnotiques, tirées par les outre-mer. En ne gardant que les 13 régions métropolitaines, le coefficient devient +0,39 : le signe s’inverse, et sur 13 points une valeur de cet ordre reste compatible avec le hasard. Deux calculs, deux signes opposés : le seul constat solide est l’absence de relation régulière.

Les exemples individuels le montrent mieux qu’un coefficient. La Bretagne est 4e pour les hypnotiques (19,16 ‰) mais 15e sur 17 pour la plainte (32,2 %). Les Hauts-de-France sont 1res pour les hypnotiques et 7es pour la plainte (34,3 %). À l’inverse, le Centre-Val de Loire est 6e pour la plainte et 10e pour les hypnotiques.

Une plainte d’insomnie n’aboutit pas toujours à un traitement, et un hypnotique n’est pas toujours délivré pour une insomnie. Ce que montre la carte, c’est que la manière dont l’insomnie est traitée varie bien plus d’une région à l’autre que la manière dont elle est ressentie. Pour la comparer à d’autres angles régionaux, voir notre carte de France de la consommation de somnifères.

Ce que ces chiffres ne disent pas

La Cartographie porte la mention « hors pathologies » : elle ne retient pas les personnes déjà rattachées à une pathologie identifiée par l’Assurance Maladie, et le périmètre exact se lit dans la fiche officielle. Elle ne voit pas non plus les délivrances hospitalières. Le Baromètre est déclaratif et son échantillon régional compte entre 1 298 et 3 884 personnes selon la région, d’où des marges d’incertitude que Santé publique France publie dans son rapport. Enfin, les deux enquêtes portent sur 2024 : une seule année, aucune tendance.

Pour qui souffre d’un sommeil qui ne vient pas, la piste de première intention reste la prise en charge non médicamenteuse, détaillée dans notre guide sur l’insomnie chronique et dans le dossier sur la thérapie cognitive et comportementale. Sur les traitements eux-mêmes, voir médicaments pour dormir : risques et utilisation. Le lien entre humeur et sommeil est traité dans dépression et insomnie.

Avertissement médical

Cet article présente des statistiques publiques. Il ne constitue ni un avis médical ni une recommandation de traitement, et ne donne aucune dose. Ne commencez, ne modifiez et n’arrêtez aucun médicament sans l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Si des difficultés de sommeil durent plus de trois semaines, consultez un professionnel de santé.

Méthodologie et sources des chiffres

Source : Santé publique France, Baromètre 2024, tableau régional de la plainte d’insomnie ; Assurance Maladie, Cartographie des pathologies et des dépenses, fiche « Traitements hypnotiques (hors pathologies) », millésime 2024. Millésimes : 2024 (une seule année). Licence : Licence ouverte pour les données de l’Assurance Maladie ; publication officielle de Santé publique France. Traitement : script Python (bibliothèque standard, lancé en mode isolé) build_cartographie_hypnotiques_2024.py et build_barometre_2024_regions.py (extraction des tableaux des deux PDF officiels), puis master.py (croisement, rangs, coefficient de Spearman), exécuté le 27 octobre 2026. Il télécharge les fichiers officiels, vérifie leurs colonnes et recalcule chaque nombre de cet article ; aucun chiffre n’est saisi à la main. Open Medic ne couvre que les médicaments délivrés en ville et remboursés : l’hôpital et les produits non remboursés n’y figurent pas. Une boîte n’est pas une dose, et un consommant est une personne distincte ayant reçu au moins une délivrance dans l’année.

Dernière relecture : 27 octobre 2026.

Questions fréquentes

Quelle région consomme le plus de somnifères en France ?

En 2024, les Hauts-de-France ont le taux standardisé de personnes sous hypnotiques le plus élevé (24,83 pour 1 000), selon la Cartographie de l’Assurance Maladie. Il s’agit de personnes ayant reçu un traitement remboursé, pas d’une quantité consommée.

Les Français d’outre-mer dorment-ils plus mal ?

Ils déclarent plus souvent une plainte d’insomnie : entre 36,2 % et 39,4 % selon le territoire, contre 33,1 % en moyenne nationale. Trois territoires (La Réunion, la Guadeloupe, la Guyane) sont significativement au-dessus de la moyenne. Une plainte déclarée n’est pas un diagnostic.

Pourquoi la Bretagne a-t-elle beaucoup d’hypnotiques mais peu de plainte ?

Les données ne l’expliquent pas. La Bretagne est 4e pour les personnes sous hypnotiques et 15e sur 17 pour la plainte d’insomnie. Les deux mesures sont indépendantes l’une de l’autre et ne permettent pas de remonter à la cause.

Peut-on comparer ces chiffres d’une année à l’autre ?

Pas ici. Le Baromètre 2024 est le premier millésime décliné par région, et la fiche de l’Assurance Maladie porte sur 2024. Il n’existe donc pas de série à comparer pour ce croisement.

Références

Quand consulter un professionnel de santé ?

Les conseils d'hygiène du sommeil apportent un soutien quotidien mais ne remplacent pas un diagnostic médical. Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant si :

  • Vos difficultés durent plus de 3 mois à raison d'au moins 3 nuits par semaine (critère d'insomnie chronique).
  • Vous ressentez une somnolence diurne incontrôlable ou des risques d'endormissement au volant.
  • Votre entourage constate des ronflements bruyants avec arrêts respiratoires (suspicion d'apnée obstructive).
  • Vous ressentez des impatiences, des douleurs ou des brûlures dans les jambes au repos.

Comment citer cet article

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